RAYON LIVRES

«Genève, ville forte», Berne : Société d’histoire de l’art en Suisse, 2010

Les Monuments d’art et d’histoire de la Suisse, tome 117 Inventaire des Monuments d’art et d’histoire du canton de Genève, volume III

Matthieu de la Corbière (direction) ; Isabelle Brunier, Bénédict Frommel ; David Ripoll ; Nicolas Schätti; Anastazja Winiger-Labuda, avec une contribution de Michel Meyer
Iconographie et cartographie Anne-Marie Viaccoz-de Noyers.

Face aux guerres féodales puis aux menaces savoyardes et françaises, les murailles de Genève furent continuellement développées et perfectionnées. Défendant environ 13 000 âmes, elles atteignaient une longueur cumulée de près de 3 km en 1530. Lorsqu’elle devint canton helvétique en 1815, la République disposait du plus grand dispositif de défense urbaine jamais construit en Suisse, la ville, alors peuplée de 25 000 habitants, se protégeant derrière une enceinte se déroulant sur environ 5,5 km de longueur et couvrant une superficie totale de plus de 51 hectares.

L’édification et l’amélioration de dispositifs aussi importants absorbèrent l’essentiel des ressources de Genève et pesèrent lourdement sur sa structure urbaine, tant à l’époque médiévale que sous l’Ancien Régime. Elles exigèrent un déploiement d’énergie considérable, nécessitant le recours à de nombreux spécialistes, requérant des travaux permanents et obligeant les habitants à fournir de lourdes contributions financières et manuelles. Les murs asphyxièrent en outre progressivement la cité, leur
développement contraignant les autorités à détruire les faubourgs au début des années 1530, puis à interdire l’extension du tissu bâti en dépit d’une pression immobilière de plus en plus forte.

Paradoxalement, la parure défensive donnée à la ville entraîna à l’aube du XVIIIe siècle le
«retournement» de la façade urbaine vers l’extérieur.

Malgré les sacrifices consentis, la ceinture fortifiée créée au début du XVIIIe siècle se révéla inadaptée tant aux ressources en hommes et en armes de la ville qu’à son cadre topographique complexe et à son environnement fluvial et marécageux. En 1742, alors qu’une garnison de 9000 hommes aurait été nécessaire pour couvrir tous les ouvrages, on ne parvint qu’à en mobiliser 6200, dont un quart n’était pas armé.

La destruction des remparts, votée en 1849 à l’issue de longues et âpres tergiversations, s'avéra donc inéluctable, mettant un terme à des préoccupations militaires, politiques et économiques séculaires et libérant enfin de vastes zones constructibles.

Gardiennes de l’âme genevoise, les murailles défuntes firent toutefois l’objet, dès leur disparition, d’un véritable culte mémoriel qui a pris des formes multiples: de la simple commémoration aux pastiches éphémères ou permanents. On alla même jusqu’à dissimuler deux des trois abris anti-aériens construits dans la Vieille-Ville à la veille de la Seconde Guerre mondiale sous des parements imitant des fortifications anciennes.

Tout en analysant le développement de la ville sur la rive gauche du Rhône, le volume à paraître présente une étude synthétique et monographique des organes défensifs de Genève du début du XIe siècle à la fin des années 1940. Ainsi, se distinguant des autres Inventaires cantonaux, l’équipe genevoise propose non seulement un ouvrage thématique – l’histoire des fortifications de la cité en formant en effet son coeur –, mais examine aussi des édifices qui ont pratiquement tous disparu.

Après l’introduction, consacrée au cadre géologique de la Vieille-Ville et à son histoire dans l’Antiquité et le Haut Moyen Age, le volume apporte un examen profondément renouvelé de l’évolution de la cité.

Ensuite, outre les chapitres de synthèse, il présente un choix très vaste d’ouvrages défensifs: résidences épiscopales fortifiées, château comtal, portes et tours médiévales, portes et bastions postérieurs à la Réforme, ponts et passerelles liés aux murailles, galeries de contre-mines, casemates, magasins à poudre, casernes et abris anti-aériens. S'y ajoutent le rôle des officiers en charge de l’entretien des fortifications et de l’artillerie au Moyen Age, la liste des principaux ingénieurs et experts consultés à partir de la Réforme, les pièces d’artillerie et les derniers vestiges des murailles encore conservés de nos jours.

Une iconographie riche et en partie inédite, notamment étoffée par de nombreux plans de situation et de reconstitution, forme un caléidoscope inédit de l’histoire monumentale de Genève.

A propos de l’auteur

Nadia Sikorsky

Nadia Sikorsky est née et a grandi à Moscou. Diplômée de la faculté de journalisme de l’Université d’État de Moscou, elle y a également poursuivi des études doctorales et obtenu un doctorat en histoire. Elle a travaillé pendant 13 ans à l’UNESCO, d’abord à Paris, puis à Genève. Après avoir occupé le poste de directrice de la communication de la Croix-Verte internationale, fondée par Mikhaïl Gorbatchev, elle crée en 2007 NashaGazeta.ch, le premier quotidien russophone en ligne de Suisse.

En 2022, Nadia Sikorsky a rejoint le Forum des 100 du Temps, qui réunit des personnalités ayant, selon la rédaction, « sensiblement contribué au succès de la Suisse romande », issues de la vie publique, économique, politique, scientifique et culturelle.

Après 18 ans à la tête de NashaGazeta.ch, Nadia Sikorsky a décidé de se consacrer à ce qui a toujours occupé une place particulière dans son travail de journaliste : la culture dans toute sa diversité. C’est ainsi qu’est né « L’Accent russe », un blog culturel trilingue en russe, français et anglais, au cœur de l’Europe, en Suisse, devenue sa seconde patrie et dont le multiculturalisme et le multilinguisme ont contribué à façonner le caractère de ce nouveau projet.

Au cœur du projet se trouve le regard d’une Européenne d’origine russe, forte de plus de 35 ans d’expérience professionnelle et d’une connaissance approfondie des deux traditions culturelles. Nadia Sikorsky conçoit son rôle comme celui d’une médiatrice entre ces deux cultures. Le titre du blog, « L’Accent russe », reflète cette idée : l’accent n’est ici ni une barrière linguistique ni un positionnement politique, mais une empreinte culturelle singulière dans le contexte européen.

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