RAYON LIVRES

Nikolaï LVOV:Souvenirs d’antan, Editions des Syrtes, 2009.

Traduit du russe et préfacé par Anne Davidenkoff. En librairie le 10 septembre 2009.

Les Souvenirs d’antan de Nikolaï Nikolaïevitch Lvov parurent en 1923-1924, dans la revue La Pensée russe, l’une des publications les plus importantes de l’émigration. Ce récit autobiographique se situe avant la révolution de 1917. On découvre la vie russe de l’époque à travers le regard du jeune narrateur, Aliocha, double de l’auteur. Il remonte aux années de son enfance et de son adolescence (1860-1870): l’atmosphère du livre laisse deviner le charme de la vie moscovite et l’optimisme qui régnait en cette période de réformes mises en œuvre par Alexandre II, « le tsar libérateur ».

Lvov ne cachant pas son hostilité à toute ostentation, dénonce la fatuité de l’aristocratie qui fréquente la cour. Il exalte la « vie moscovite » qui, loin de la capitale Saint-Pétersbourg, demeure plus proche du monde rural, et du peuple russe. À partir de détails de la vie quotidienne, l’auteur reconstitue les interactions entre le vécu personnel et la réalité objective. Son éducation se déroule dans ce cadre de vie typique de la noblesse avec précepteurs (ici Vassili, un libre penseur athée); la niania Feodossia, qui joue un rôle affectif et spirituel irremplaçable dans la formation du jeune homme; la vieille servante Pelaguia, mémoire de la famille; et la grand-mère, véritable force morale qu’elle tient de sa foi indéfectible en Dieu.

À travers ses personnages, Lvov exalte cet idéal d’une partie de la noblesse russe à la fois libérale et attachée aux valeurs slavophiles. Ce récit, avec ses qualités stylistiques et sa finesse d’analyse psychologique, s’inscrit dans le courant littéraire du sentimentalisme de Karamzine au Tolstoï de la trilogie Enfance, Adolescence, Jeunesse. Au-delà de cette fresque de l’histoire russe, reflétée dans le microcosme des Souvenirs d’antan, le lecteur est pris par la beauté des moments lyriques et par cette prose qui devient par endroits pure poésie.

Nikolaï Lvov est né en 1865 en Russie et mort en exil en France en 1940. Président de la direction du gouvernement local de la région de Saratov et membre de la première Douma d’État, il fonde en 1905 le parti des Cadets. En 1917, il se range du côté du mouvement « blanc ». Après l’évacuation de l’Armée blanche vers Constantinople, il transitera par la Sibérie avant d’arriver en France où il vivra dans la plus grande pauvreté jusqu’à sa mort.

A propos de l’auteur

Nadia Sikorsky

Nadia Sikorsky est née et a grandi à Moscou. Diplômée de la faculté de journalisme de l’Université d’État de Moscou, elle y a également poursuivi des études doctorales et obtenu un doctorat en histoire. Elle a travaillé pendant 13 ans à l’UNESCO, d’abord à Paris, puis à Genève. Après avoir occupé le poste de directrice de la communication de la Croix-Verte internationale, fondée par Mikhaïl Gorbatchev, elle crée en 2007 NashaGazeta.ch, le premier quotidien russophone en ligne de Suisse.

En 2022, Nadia Sikorsky a rejoint le Forum des 100 du Temps, qui réunit des personnalités ayant, selon la rédaction, « sensiblement contribué au succès de la Suisse romande », issues de la vie publique, économique, politique, scientifique et culturelle.

Après 18 ans à la tête de NashaGazeta.ch, Nadia Sikorsky a décidé de se consacrer à ce qui a toujours occupé une place particulière dans son travail de journaliste : la culture dans toute sa diversité. C’est ainsi qu’est né « L’Accent russe », un blog culturel trilingue en russe, français et anglais, au cœur de l’Europe, en Suisse, devenue sa seconde patrie et dont le multiculturalisme et le multilinguisme ont contribué à façonner le caractère de ce nouveau projet.

Au cœur du projet se trouve le regard d’une Européenne d’origine russe, forte de plus de 35 ans d’expérience professionnelle et d’une connaissance approfondie des deux traditions culturelles. Nadia Sikorsky conçoit son rôle comme celui d’une médiatrice entre ces deux cultures. Le titre du blog, « L’Accent russe », reflète cette idée : l’accent n’est ici ni une barrière linguistique ni un positionnement politique, mais une empreinte culturelle singulière dans le contexte européen.

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