RAYON LIVRES

Jan Brokken: Les Justes. Editions Noir Sur Blanc, 2023. 528 pages • 25,90 Euros • 32 CHF

Comment « un visa pour Curaçao » permit de sauver des milliers de Juifs. Traduit du néerlandais par Noëlle Michel.

Fuyant l’avancée des nazis, des milliers de Juifs affluent en Lituanie, pays dont l’URSS s’empare, mais que le Reich lui arrachera bientôt. Dans ce climat de catastrophe imminente, le Néerlandais Jan Zwartendijk, directeur de la filiale lituanienne de Philips et nouveau consul honoraire à Kaunas, parvient à ouvrir aux Juifs une dernière issue pour échapper au pire. À l’insu de presque tous, Zwartendijk travaille jour et nuit pendant trois semaines afin de délivrer des visas pour Curaçao, dans les Antilles néerlandaises, tandis que son collègue Sugihara, consul du Japon, signe des visas de transit. Ainsi commence une extraordinaire entreprise clandestine qui sauvera des milliers de vies.

En recueillant à travers le monde les témoignages des survivants et de leurs enfants, Brokken reconstitue l’histoire de « l’Ange de Curaçao », comme l’appelaient les réfugiés. Voici l’odyssée de familles entières qui ont traversé la Russie en Transsibérien, atteint Kobe et trouvé refuge dans le ghetto juif de Shanghai. Les Justes est une fresque monumentale, une mosaïque de vies, de lieux et d’événements où la réalité prend des teintes épiques et romanesques, mais surtout une leçon sur le courage et la responsabilité de l’individu face à la catastrophe.

Écrivain et voyageur néerlandais, connu pour sa capacité à raconter la vie de personnages hors du commun, Jan Brokken a publié de nombreux livres que la presse a comparés à ceux de Graham Greene et de Bruce Chatwin. Né en 1949, il a fait des études de journalisme à Utrecht et de sciences politiques à Bordeaux. Traduits en une vingtaine de langues, ses romans, récits de voyage et ouvrages littéraires de non-fiction lui ont valu une renommée internationale. Il a notamment publié Les Âmes baltes (Denoël, 2013) Dostoïevski — Une amitié en Sibérie (Vuibert, 2023).

Lire l'interview avec Jan Brokken en français et en russe

A propos de l’auteur

Nadia Sikorsky

Nadia Sikorsky est née et a grandi à Moscou. Diplômée de la faculté de journalisme de l’Université d’État de Moscou, elle y a également poursuivi des études doctorales et obtenu un doctorat en histoire. Elle a travaillé pendant 13 ans à l’UNESCO, d’abord à Paris, puis à Genève. Après avoir occupé le poste de directrice de la communication de la Croix-Verte internationale, fondée par Mikhaïl Gorbatchev, elle crée en 2007 NashaGazeta.ch, le premier quotidien russophone en ligne de Suisse.

En 2022, Nadia Sikorsky a rejoint le Forum des 100 du Temps, qui réunit des personnalités ayant, selon la rédaction, « sensiblement contribué au succès de la Suisse romande », issues de la vie publique, économique, politique, scientifique et culturelle.

Après 18 ans à la tête de NashaGazeta.ch, Nadia Sikorsky a décidé de se consacrer à ce qui a toujours occupé une place particulière dans son travail de journaliste : la culture dans toute sa diversité. C’est ainsi qu’est né « L’Accent russe », un blog culturel trilingue en russe, français et anglais, au cœur de l’Europe, en Suisse, devenue sa seconde patrie et dont le multiculturalisme et le multilinguisme ont contribué à façonner le caractère de ce nouveau projet.

Au cœur du projet se trouve le regard d’une Européenne d’origine russe, forte de plus de 35 ans d’expérience professionnelle et d’une connaissance approfondie des deux traditions culturelles. Nadia Sikorsky conçoit son rôle comme celui d’une médiatrice entre ces deux cultures. Le titre du blog, « L’Accent russe », reflète cette idée : l’accent n’est ici ni une barrière linguistique ni un positionnement politique, mais une empreinte culturelle singulière dans le contexte européen.

L'AFFICHE
Artices les plus lus

Il y a quelques jours, les Éditions Noir sur Blanc, à Lausanne, ont publié le roman que l’écrivaine russe Gouzel Iakhina consacre au célèbre réalisateur soviétique Sergueï Eisenstein. Les lecteurs francophones le découvriront dans la traduction de Maud Mabillard et dans sa version intégrale, avec le neuvième chapitre inédit en Russie.

En 2025, l’UNESCO a reconnu la valeur universelle du patrimoine de la célèbre voyageuse suisse Ella Maillart (1903–1997) et inscrit ses archives au registre Mémoire du monde. C’est à cet événement qu’est consacrée une exposition au musée lausannois Photo Elysée, où l’« accent russe » est bien présent.

Les Éditions de l’Université européenne de Saint-Pétersbourg viennent de publier un ouvrage du slaviste genevois Jean-Philippe Jaccard et de son collègue russe Andreï Oustinov, aujourd’hui installé à San Francisco : Vzir zaoumi. Daniil Harms et l’avant-garde littéraire russe des années 1920.