« Prise de position »

22.08.2020
Yehudi Menuhin, le grand

De nos jours, la question de savoir s’il vaut mieux conserver l’histoire dans son intégralité ou en jeter une partie aux oubliettes est abondamment débattue. Ici et là, on déboulonne des statues, et même dans le pays équilibré et paisible qu’est la Suisse de telles idées se sont fait jour. Si, heureusement, elles ne se sont pas concrétisées, il y a tout de même lieu de s’inquiéter : comme on le sait, il n’est rien de bon à attendre d’une réécriture de l’histoire. C’est cela qui, à mon avis, confère tant d’importance au concert intitulé « Zeichen setzen », qui se tiendra le 30 août au Yehudi Menuhin Forum, à Berne, pour commémorer le 75e anniversaire de la libération du camp de concentration nazi de Bergen-Belsen par les troupes britanniques. En quoi est-ce lié ? En ceci que Menuhin, qui avait donné plus de 500 concerts durant la Seconde Guerre mondiale, s’est produit en avril 1945 avec Benjamin Britten devant les prisonniers libérés.

La Suisse considère Yehudi Menuhin comme un de ses citoyens depuis 1957. Cette année-là, le grand violoniste, fils d’un rabbin de Gomel (Biélorussie) qui avait réussi, avec les siens, à fuir les pogroms en se réfugiant aux États-Unis au début du xxe siècle, s’est retrouvé par hasard en villégiature à Gstaad avec des amis ; il a tant aimé l’endroit qu’il ne l’a plus quitté. Un des plus importants festivals de musique classique et une école de musique portent aujourd’hui son nom, et le centenaire de sa naissance (il est né un 22 avril, de même que Lénine, Nabokov et Jack Nicholson), en 2016, a donné lieu à de multiples célébrations très émouvantes. Nous avons eu connaissance du concert à venir grâce à son promoteur et organisateur, Werner Schmitt, lui-même violoncelliste professionnel, qui a passé vingt ans au sein d’un orchestre, vingt autres années à la tête du Conservatoire de Berne, et qui, depuis 1986 et durant de longues années, a été l’ami et le collaborateur de Menuhin. 

Aujourd’hui, il est, entre autres, vice-président de la Fondation internationale Yehudi Menuhin. « En 2016, pour le centenaire de Yehudi, j’ai décidé de lui rendre hommage en organisant un concert au mémorial construit sur l’emplacement de l’ancien camp de Bergen-Belsen, se souvient M. Schmitt. Ce fut une très belle soirée, elle nous a laissé à tous – tant aux musiciens qu’au public – une impression forte et durable. En 2018, nous avons même fait paraître un livre sur ce concert. Deux jeunes musiciens y avaient participé : le violoniste Alexey Semenenko, né à Odessa, et sa femme, la pianiste Inna Firsova, native de Tchita [en Sibérie orientale], que nous entendrons à nouveau le 30 août prochain. » Lorsque nous lui avons demandé pourquoi il avait choisi de donner au concert un nom à connotation politique alors qu’il habite dans un pays neutre, Werner Schmitt nous a répondu sans hésiter : « Je suis né en Allemagne, un État qui n’est absolument pas neutre. Je suis convaincu qu’aujourd’hui, avec l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite dans de nombreux pays, nous devons prendre une position nette, pour que les horreurs du passé ne se reproduisent pas. Malheureusement, aujourd’hui encore, quantité de gens vivent des situations de grande souffrance, et un pays neutre tel que la Suisse ne peut fermer les yeux en pensant qu’il n’est pas concerné. Nous, musiciens, nous qui exerçons différents métiers de la culture, sommes tenus de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour renforcer, par la culture, la compréhension mutuelle, pour sauvegarder la paix. » C’est une position que je partage sans réserve, et j’invite les lecteurs mélomanes à venir au concert.

Commentaires (4)

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Ecrito août 22, 2020

C'est vrai que le risque est grand que l'extrême droite reprenne de service, et le cas échéant ça serait dommageable pour tout le monde, y compris pour les vrais compatriotes. Il y a pourtant un remède d'une simplicité déconcertante pour empêcher ce risque et qui se résume en 2 mots: "Application des lois", cela suppose par exemple que les jeunes qui sèment la pagaille à Neuchâtel (selon le 19:30 du 21.08.2020) soient arrêtés emprisonnés, expulsés vers le pays qu'ils ont utilisé pour venir chez nous avec interdiction à vie de remettre leurs pieds dans le pays. Si les chefs de police, procureurs et juges n'appliquent tout simplement pas la loi, ils devraient être congédiés et lourdement sanctionnés. Mais les mondialistes ne veulent pas, ils veulent la pagaille car ça profite à beaucoup de sangsues qui ne vivent que des malheurs des autres comme les avocats, les entreprises de sécurité, les experts en tout genre, les psychiatres etc. Le peuple doit essayer LA LOI avant de passer à l'extrême droite.
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A. août 22, 2020

Zeichen setzen  = ouvrir la voie / donner l'exemple.
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avocat Santschi août 22, 2020

Ce n'est plus l'extrême droite qui est anti-sémite, c'est la gauche des bien-pensants qui est anti-sioniste, ce qui est la forme moderne et "politiquement correcte" de l'anti-sémitisme. Il serait temps de faire comprendre ça aux électeurs.
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Sikorsky août 22, 2020

Mon texte ne mentionne pas l'antisémitisme bien que ce problème me tient au cœur. L'extrême droite est un menace pas seulement aux juifs mais à nous tous, les gens "normaux"
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A propos de l’auteur

Nadia Sikorsky

Nadia Sikorsky est née et a grandi à Moscou. Diplômée de la faculté de journalisme de l’Université d’État de Moscou, elle y a également poursuivi des études doctorales et obtenu un doctorat en histoire. Elle a travaillé pendant 13 ans à l’UNESCO, d’abord à Paris, puis à Genève. Après avoir occupé le poste de directrice de la communication de la Croix-Verte internationale, fondée par Mikhaïl Gorbatchev, elle crée en 2007 NashaGazeta.ch, le premier quotidien russophone en ligne de Suisse.

En 2022, Nadia Sikorsky a rejoint le Forum des 100 du Temps, qui réunit des personnalités ayant, selon la rédaction, « sensiblement contribué au succès de la Suisse romande », issues de la vie publique, économique, politique, scientifique et culturelle.

Après 18 ans à la tête de NashaGazeta.ch, Nadia Sikorsky a décidé de se consacrer à ce qui a toujours occupé une place particulière dans son travail de journaliste : la culture dans toute sa diversité. C’est ainsi qu’est né « L’Accent russe », un blog culturel trilingue en russe, français et anglais, au cœur de l’Europe, en Suisse, devenue sa seconde patrie et dont le multiculturalisme et le multilinguisme ont contribué à façonner le caractère de ce nouveau projet.

Au cœur du projet se trouve le regard d’une Européenne d’origine russe, forte de plus de 35 ans d’expérience professionnelle et d’une connaissance approfondie des deux traditions culturelles. Nadia Sikorsky conçoit son rôle comme celui d’une médiatrice entre ces deux cultures. Le titre du blog, « L’Accent russe », reflète cette idée : l’accent n’est ici ni une barrière linguistique ni un positionnement politique, mais une empreinte culturelle singulière dans le contexte européen.

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